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« Le chemin d’Erevan »: la COP17 a 10 jours pour accélérer la sauvegarde la biodiversité

Tous les pays du monde, à l’exception des États-Unis, se retrouvent en Arménie pour tenter de sauver la biodiversité de la planète. Cette COP17 doit faire le point sur les mesures adoptées depuis quatre ans. Des progrès existent, mais ils sont trop lents pour atteindre le cap fixé pour 2030. À mi-chemin, Erevan est une étape cruciale pour passer à la vitesse supérieure et sauver des milliers d’espèces animales et végétales.

La capitale arménienne accueille 196 délégations à partir de ce lundi 19 octobre : les représentant des 195 pays qui ont ratifié la Convention sur la diversité biologique et l’Union européenne. Seuls les États-Unis et le Vatican restent en dehors de cette dynamique.

Cette COP17 biodiversité vise à faire avancer concrètement la mise en œuvre des décisions prises lors des deux dernières conférences. En 2022, la COP15 avait adopté à Montréal un cadre mondial pour la biodiversité. Il fixait 23 cibles, dont l’objectif « 30×30 »: en 2030, 30% de la surface terrestre doit être protégée.

Respecter les engagements

La conférence d’Erevan ne doit donc pas formuler de nouveaux objectifs ou un nouveau traité. Les négociateurs discutent d’un ensemble de mesures appelé « le chemin d’Erevan », destiné à transformer le bilan en décisions concrètes. Il s’agit d’identifier les retards et les lacunes, puis décider des mesures correctrices pour accélérer l’action avant l’échéance de 2030.

Depuis 2022, plus des trois quarts des pays ont adopté des objectifs nationaux de biodiversité. Ils ont pris des mesures pour atteindre les 23 cibles visées. Mais le rythme des progrès est insuffisant pour y parvenir à temps. « Le résultat le plus important qui doit ressortir d’Erevan doit être un changement de cap clair : les gouvernements doivent aller au-delà de la simple réaffirmation de leurs promesses et s’accorder sur des mesures concrètes« , selon An Lambrechts, experte en biodiversité à Greenpeace International.

La Wallonie aussi en retard

En Wallonie, nous sommes également encore loin de l’objectif des 30% des zones protégées. « Actuellement, nous sommes à 13% du territoire« , indique Anne-Laure Geboes, chargée de mission biodiversité chez Canopéa.

Sur le terrain, les résistances à la protection réglementée de la nature restent fortes. « Il y a une forte opposition des propriétaires fonciers, parce qu’il y a une crainte des contraintes supplémentaires, souligne Anne-Laure Geboes. Nous avons une sylviculture qui peut être très intensive. Elle pourrait être améliorée pour concilier les objectifs : ne pas se focaliser uniquement sur la production et le profit immédiat, mais miser sur le long terme et l’adaptation au changement climatique. Restaurer la nature et protéger ce patrimoine permettrait à la fois d’assurer des revenus et de se protéger du changement du climat.« 

Des secteurs politiquement sensibles

Dans chaque pays, les progrès sont particulièrement lents dans les secteurs politiquement sensibles : l’agriculture, la pêche, les énergies fossiles, la surconsommation ou la production non durable.

L’agriculture, par exemple, n’est pas seulement une cause de perte de biodiversité, elle en est aussi l’une des premières victimes. Les agriculteurs subissent la baisse de fertilité des sols, la rareté de l’eau et la disparition des pollinisateurs. Le premier effort attendu du secteur agricole concerne les pesticides et les intrants chimiques. Les solutions sont connues : réduire leur usage, privilégier la lutte intégrée contre les ravageurs et ménager des zones refuges. Ces zones préservées permettent de protéger les insectes, les oiseaux et les pollinisateurs dont dépend environ 35% de la production agricole mondiale.

Vue aérienne de moissonneuses à l’œuvre dans un champ de soja à Cruz Alta, dans l’État du Rio Grande do Sul, au Brésil.
Vue aérienne de moissonneuses à l’œuvre dans un champ de soja à Cruz Alta, dans l’État du Rio Grande do Sul, au Brésil. © Silvio AVILA – AFP

Préserver des fleurs tout au long de la saison, éviter les traitements pendant la floraison et maintenir des habitats non cultivés sont des mesures simples mais qui ont un impact significatif. Un verger peut ainsi laisser des bandes herbeuses et florales entre les rangées d’arbres, une exploitation céréalière peut conserver des haies et des talus, un maraîcher peut alterner cultures et fleurs mellifères. Ces choix soutiennent à la fois les rendements, la diversité biologique et la santé des écosystèmes.

Des aires marines mal protégées

La protection de la biodiversité marine reste également un sujet de préoccupation. La pêche, principale activité humaine affectant cette biodiversité, ne diminue pas. Elle augmente même, y compris dans les aires marines protégées. Le nombre de ces aires protégées a fortement augmenté ces dernières années, en lien avec l’objectif de protéger 30% des océans en 2030. Mais les niveaux de protection retenus restent extrêmement bas.

Une étude récente montre que la pêche industrielle s’y pratique toujours. « À part dans les quelques zones qui sont sous protection intégrale, où il n’y a pas de pêche autorisée, on voit la pression de pêche augmenter à l’intérieur de la majorité des aires marines protégées, lorsqu’on la compare avec ce qui se passait avant leur mise en place« , explique le chercheur Joachim Claudet.

Subventionner les énergies fossiles revient à subventionner le suicide

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, s'exprime à Erevan, la capitale arménienne.

Paradoxalement, chaque année, les États déboursent des sommes considérables en subventions néfastes pour la biodiversité, des dépenses publiques qui encouragent des activités dégradant les écosystèmes. « Subventionner les énergies fossiles revient à subventionner le suicide« , a tonné le chef de l’ONU Antonio Guterres dans son discours d’ouverture à Erevan. « Nous dépensons notre argent pour de mauvaises causes. Pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont consacrés à sa destruction« , a-t-il asséné à la tribune.

Parmi les engagements pris à la COP15 figurait celui à baisser d’au moins 500 milliards de dollars par an les subventions accordées aux activités néfastes. Certaines multinationales appuient désormais cette demande. Début octobre, 130 entreprises dont BNP Paribas, Danone et Hermes, ont adressé une lettre aux États. Elles appellent à « réformer les incitations » financières qui accordent trop d’argent public aux activités engendrant « un épuisement des ressources naturelles« .

Un million d’espèces menacées

Lors de ces COP (conférences des parties), la communauté internationale travaille à arrêter et inverser la perte de biodiversité. Nous assistons actuellement à un changement fondamental de la nature. Un million des huit à dix millions d’espèces estimées sont menacées d’extinction. Les scientifiques appellent cela la sixième extinction de masse.

Un manchot à œil jaune revient de la mer vers sa colonie à Katiki Point, sur une île du sud de la Nouvelle-Zélande. Il est considéré comme le manchot le plus rare du monde et se trouve en danger d’extinction.
Un manchot à œil jaune revient de la mer vers sa colonie à Katiki Point, sur une île du sud de la Nouvelle-Zélande. Il est considéré comme le manchot le plus rare du monde et se trouve en danger d’extinction. © Sanka VIDANAGAMA – AFP

Toutes les extinctions massives précédentes avaient des causes naturelles. La plus récente avait vu la disparition des dinosaures. La crise actuelle est alimentée par l’activité humaine. Cet effondrement constitue une menace pour l’humanité, car la nature fournit presque tout ce dont nous avons besoin pour survivre : eau, nourriture et matières premières, pour fabriquer les vêtements ou les médicaments par exemple.

Avec les peuples autochtones

Des représentants de la société civile, de la communauté scientifique et de la recherche ainsi que du monde des affaires sont présents à Erevan. Des organisations représentant les peuples autochtones participeront aussi, car ces communautés jouent un rôle clé dans la préservation de la biodiversité dans de nombreuses régions. Un nouvel organe devrait être créé pour mieux prendre en compte leurs savoirs et favoriser leur participation.

Des femmes d’une association locale inspectent la croissance des jeunes mangroves qu’elles ont plantées pour restaurer une zone dans le ruisseau Mida, près de Watamu, petit village côtier du Kenya.
Des femmes d’une association locale inspectent la croissance des jeunes mangroves qu’elles ont plantées pour restaurer une zone dans le ruisseau Mida, près de Watamu, petit village côtier du Kenya. © Luis TATO – AFP

La question du financement des mesures jouera à nouveau un rôle clé, car il n’y en a toujours pas assez pour assurer la conservation de la biodiversité. À Montréal, il a été convenu de lever au moins 200 milliards de dollars par an (publics et privés). Cet horizon reste lointain.

2026, l’année des trois COP

Cette année se tiennent successivement les trois COP issues des trois grandes conventions internationales signées lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992 :

  • août 2026, Mongolie : COP désertification ;
  • octobre 2026, Arménie : COP biodiversité ;
  • novembre 2026, Turquie : COP climat.

Cette succession des COP en quelques mois offre aux États l’occasion de renforcer la cohérence de leur action pour combattre la dégradation des sols et la sécheresse, enrayer la perte de biodiversité et lutter contre le changement climatique. Tous ces enjeux cruciaux sont étroitement liés.

Source: www.rtbf.be

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