Le pape Léon XIV est en pleine tournée majeure en Afrique, avec des étapes prévues au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale. Le continent, où les catholiques progressent le plus vite au monde avec plus de 280 millions de fidèles sur 1,4 milliard globalement, reste un bastion pour l’Église catholique. Mais la concurrence des évangéliques, qui rassemblent près de 200 millions de fidèles, s’intensifie. Dès lors, l’un des enjeux de la visite du Pape Léon XIV, c’est aussi affirmer l’importance accordée à l’Afrique par le Vatican dans un contexte de concurrence avec les églises évangéliques.
Sur le continent africain, les deux courants chrétiens coexistent et se concurrencent. L’Afrique est l’un des principaux terrains de croissance du christianisme mondial. Selon les chiffres officiels du Vatican, le nombre de catholiques africains a augmenté de plus de 8 millions entre 2023 et 2024. Une progression portée aussi par la forte croissance démographique du continent, puisque tout bébé baptisé est d’office considéré comme chrétien.
En parallèle de cette progression, les églises évangéliques ne sont pas en reste : l’Afrique abrite aujourd’hui près de 30% des évangéliques de la planète. Plusieurs dirigeants africains se réclament d’ailleurs de ce courant, comme Abiy Ahmed en Éthiopie, Félix Tshisekedi en République démocratique du Congo (RDC) ou William Ruto au Kenya.
Les Églises de réveil, plus proches des réalités africaines
Pour plusieurs spécialistes, ces Églises évangéliques apparaissent souvent plus proches des réalités vécues par les fidèles. Dans des sociétés marquées par la pauvreté, les fragilités de l’État et les tensions politiques, Pierre Diarra, docteur en théologie et en histoire des religions et anthropologie religieuse, explique que « les églises du réveil ou d’autres églises plus ou moins dites indépendantes proposent souvent des solutions qui parfois semblent être plus pertinents que l’église catholique ».
Le chercheur en relations internationales François Mabille souligne notamment la plasticité des évangélistes, capables de porter des thèmes perçus comme plus audibles en Afrique. Il cite par exemple la théologie de la prospérité et la place accordée à la réussite matérielle, qui peuvent trouver un écho dans des contextes où la précarité domine. À l’inverse, insiste-t-il, le discours catholique centré sur la pauvreté peut sembler plus difficile à recevoir dans des environnements où la pauvreté est déjà une réalité quotidienne. En résumé, dit le chercheur, « quand vous dites « bien heureux les pauvres » à des gens qui sont déjà pauvres, il y a peut-être là une difficulté supplémentaire ».
La question des cultures locales
La concurrence entre catholicisme et évangélisme se joue aussi sur le terrain culturel. Selon Jean-Paul Mountapmbeme, professeur à l’université de Dschang au Cameroun, l’Église catholique est « parfois restée dans une certaine orthodoxie », moins ouverte à l’intégration des cultures africaines. C’est ce qui, selon lui, pousse certains fidèles à rejoindre les Églises de réveil, dans lesquelles ils trouvent une manière de vivre leur foi davantage en accord avec leur culture.
Cette question du rapport aux traditions locales est devenue centrale, notamment en lien avec l’héritage coloniale de l’Église catholique. Elle renvoie à la manière dont les Églises chrétiennes africaines articulent foi, identité et héritages culturels. Pour beaucoup de croyants, la religion ne répond pas seulement à une quête spirituelle : elle doit aussi permettre de concilier l’expérience chrétienne avec des références culturelles et symboliques africaines.
L’inculturation, réponse du Vatican
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Face à cette évolution, l’Église catholique réfléchit depuis plusieurs années à l’inculturation, c’est-à-dire à la manière de faire dialoguer le rituel catholique avec les cultures locales. Cette démarche n’est pas nouvelle, mais elle prend aujourd’hui une importance particulière sur un continent où le catholicisme doit composer avec des Églises concurrentes de plus en plus influentes.

Le rite zaïrois en est un exemple emblématique. Cette adaptation congolaise du rite liturgique romain a été approuvée par le Saint-Siège en 1988. Lors de ses visites en République démocratique du Congo, le pape François avait lui-même célébré la messe selon ce rite, signe d’une volonté d’ouverture de l’Église catholique à des formes liturgiques plus enracinées localement.
Une Afrique chrétienne en recomposition
Au-delà des chiffres, c’est donc toute la carte du christianisme africain qui se transforme. Le catholicisme y reste puissant, mais il n’y a plus de monopole de l’influence religieuse. Les Églises évangéliques, elles, s’imposent comme des acteurs majeurs, à la fois spirituels, sociaux et politiques.
Dans ce contexte, le pape Léon XIV et le Vatican doivent répondre à une double exigence : perpétuer le message universel du christianisme tout en tenant compte de la diversité des expressions de la foi sur le continent africain.
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